Les blinds sont les deux mises obligatoires qui lancent chaque donne. Elles coûtent des jetons à chaque tour de table, et la place qu'elles imposent, parler en dernier avant le flop puis en premier ensuite, en fait les positions les plus inconfortables. Comprendre ce mécanisme, c'est comprendre pourquoi la position compte autant au poker.
- Petite blind et grosse blind sont placées à gauche du bouton, avant la distribution.
- Parler après ses adversaires est un avantage durable : c'est la position.
- Le bouton est la meilleure place de la table, les blinds les pires après le flop.
- Défendre sa grosse blind se calcule : le prix à payer est souvent faible.
À quoi servent les blinds ?
Sans mise obligatoire, un joueur prudent pourrait se coucher à chaque donne en attendant une paire d'as, sans jamais rien risquer. Les blinds rendent cette attente coûteuse : chacun paie à son tour, et il y a toujours quelque chose à gagner dans le pot. Elles créent l'action dont le jeu a besoin.
La petite blind (SB, pour small blind) est placée par le joueur immédiatement à gauche du bouton, la grosse blind (BB, big blind) par le suivant. La grosse blind fixe la mise minimale de la donne ; la petite vaut en général la moitié. Une partie « 1/2 » signifie une petite blind de 1 et une grosse blind de 2.
En tournoi, les blinds augmentent à intervalles réguliers, et une ante vient souvent s'y ajouter. Aujourd'hui, la formule la plus répandue est l'ante de grosse blind : le joueur en grosse blind paie l'ante pour toute la table, ce qui accélère le jeu.
Le déroulement de la parole
Avant le flop, la parole commence à gauche de la grosse blind, au joueur que l'on appelle « under the gun » (UTG). Les blinds parlent en dernier, puisqu'elles ont déjà misé. À partir du flop, l'ordre change : le premier joueur encore en jeu à gauche du bouton parle en premier, donc souvent la petite blind, et le bouton parle en dernier.
| Position (table de 9) | Abréviation | Parle avant le flop | Parle après le flop |
|---|---|---|---|
| Petite blind | SB | Avant-dernier | En premier |
| Grosse blind | BB | En dernier | Juste après la SB |
| Sous le pistolet | UTG | En premier | Tôt |
| UTG+1, UTG+2 | EP | Tôt | Tôt |
| Lojack, hijack | MP | Milieu | Milieu |
| Cutoff | CO | Avant le bouton | Avant-dernier |
| Bouton | BTN | Juste avant les blinds | En dernier |
À six joueurs, la table perd les places les plus précoces : on y trouve UTG, hijack, cutoff, bouton et les deux blinds.
Pourquoi la position change tout
Parler en dernier, c'est voir ce que font les autres avant de décider. Si tout le monde checke devant vous, vous pouvez miser avec une main moyenne ou un bluff ; si quelqu'un mise fort, vous pouvez vous coucher sans avoir rien investi. Le joueur qui parle en premier, lui, doit agir à l'aveugle, sans savoir ce qui l'attend.
Cet avantage se répète à chaque tour d'enchères, au flop, au turn et à la river. C'est pourquoi les joueurs expérimentés jouent beaucoup plus de mains au bouton et au cutoff qu'en début de parole. La leçon sur les mains de départ traduit cette idée en fourchettes concrètes.
Vous avez 9♥ 8♥. En début de parole, si vous entrez dans le coup, six ou sept joueurs peuvent encore relancer derrière vous, et vous devrez parler en premier après le flop. Mieux vaut jeter la main.
Au bouton, quand tout le monde s'est couché avant vous, seules les deux blinds restent à passer, et vous aurez la parole en dernier pendant tout le coup. La même main devient une relance rentable.
Bien jouer depuis les blinds
Le handicap des blinds
Les blinds sont les seules places où l'on perd de l'argent sur le long terme, même chez les meilleurs joueurs. C'est normal : on y mise sans avoir vu ses cartes, puis on joue hors position pendant tout le coup. L'objectif n'est donc pas d'y gagner, mais d'y perdre le moins possible.
Défendre sa grosse blind
Quand un joueur relance et que tout le monde se couche jusqu'à vous en grosse blind, vous avez déjà une mise dans le pot : suivre coûte moins cher qu'ailleurs. Le calcul est simple.
Blinds à 1 et 2. Le bouton relance à 5, la petite blind se couche. Le pot contient 5 + 1 + 2 = 8 jetons, et il vous en coûte 3 pour suivre. Vous investissez 3 pour un pot final de 11 : il vous suffit de gagner un peu plus de 27 % du temps (3 ÷ 11) pour que suivre soit rentable.
Ce prix faible justifie de défendre la grosse blind avec beaucoup de mains jouables : cartes assorties, connecteurs, as moyens. Il faut en revanche se montrer plus sélectif face à une relance venue d'un joueur en début de parole, dont la main est en moyenne plus forte, ou quand plusieurs joueurs sont déjà entrés dans le coup.
La petite blind, la place la plus délicate
En petite blind, vous avez misé une demi-mise sans réduction intéressante, et la grosse blind parle encore après vous. Suivre est rarement une bonne idée : soit la main mérite une relance, soit elle mérite d'être jetée. Beaucoup de joueurs perdent des jetons en « complétant » machinalement.
Voler les blinds
Quand tout le monde s'est couché jusqu'au cutoff ou au bouton, une relance a de bonnes chances de faire abandonner les deux blinds : on appelle cela un vol de blinds. Le gain est modeste, une blind et demie, mais il se répète à chaque tour de table et finance les mains que l'on se fait voler ailleurs.
Pour qu'un vol soit rentable, il suffit que les blinds se couchent assez souvent. Une relance à 2,5 grosses blinds pour gagner 1,5 grosse blind doit réussir un peu plus de 60 % du temps pour être rentable sans jamais voir de flop, et vous gardez la possibilité de gagner le coup après le flop quand vous êtes payé.
Les erreurs à éviter
- Considérer la blind comme « déjà investie » : les jetons misés appartiennent au pot ; chaque décision se prend en fonction de ce qu'il reste à payer.
- Payer toutes les relances par principe : défendre sa blind ne veut pas dire suivre avec n'importe quoi face à un joueur très serré.
- Jouer autant de mains en début de parole qu'au bouton : c'est la fuite de jetons la plus fréquente chez les débutants.
- Oublier l'ordre de parole après le flop : en blinds, vous parlerez en premier à chaque tour ; une main moyenne devient difficile à jouer.
Questions fréquentes
La grosse blind peut-elle relancer si tout le monde a suivi ?
Oui. Quand personne n'a relancé avant le flop, la grosse blind a la possibilité de checker ou de relancer en dernier. On appelle cette possibilité l'« option ».
Quelle est la meilleure position à la table ?
Le bouton : c'est le seul joueur assuré de parler en dernier à chaque tour après le flop. Le cutoff, juste avant lui, est la deuxième meilleure place.
Qu'est-ce qu'un straddle ?
Une troisième blind volontaire, en général le double de la grosse blind, placée par le joueur à gauche de celle-ci avant la distribution. Elle est autorisée dans certaines parties de cash game et donne à son auteur le droit de parler en dernier avant le flop.